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Chimio et coronavirus : le Dr Faveyrial répond à vos questions

De nombreuses questions et craintes relatives à l’épidémie du COVID-19 ont été recensées concernant les patients atteints de cancer du sein. En effet, ces derniers reçoivent une chimiothérapie qui fragilise leur défense immunitaire et augmente leur état de fatigue.
À la suite de notre échange avec le Dr Audrey Faveyrial, cheffe de service au sein du service de jour du Centre de Luttre contre le cancer François Baclesse de Caen, en Normandie, nous souhaiterions apporter des réponses à vos questions les plus fréquemment posées.

En préambule, le Centre confirme que le coronavirus présente un danger pour les patients atteint de cancer puisqu’ils sont plus exposés en cas de contamination. De nombreuses mesures sanitaires ont donc été prises au sein du Centre d’Oncologie, par les soignants. Le centre recommande fortement aux patients d’être vigilants et de respecter les contraintes liées aux mesures d’hygiène et de sécurité en vigueur.

ONCOVIA (O) – Comment les patients suivant une chimiothérapie sont-ils pris en charge à leur arrivée en centre ?

Dr AUDREY FAVEYRIAL (AF) – Les patients sont contactés préalablement à leur venue pour identifier le risque d’une infection débutante dans le cadre du dispositif OPTIMA (anticipation de la préparation des produits de chimiothérapie). Sauf cas exceptionnel de motricité réduite, ils ne doivent pas venir accompagner pour recevoir leur soin. Dès leur arrivée, ils sont équipés de masques et procèdent à une désinfection rigoureuse de leurs mains. Les professionnels sont bien entendu équipés de masques et appliquent les mesures d’hygiène renforcées. Ces précautions sont prises pour protéger les soignants mais également pour protéger les autres patients pendant les séances de chimiothérapies.
Les patients recevant une chimiothérapie doivent respecter les distances de sécurité avec les autres patients. Par mesure préventive, le centre François Baclesse évite de recevoir trop de patient en même temps. De plus, ils sont placés dans des chambres séparées le temps de leurs traitements.

O – Les chimiothérapies sont-elles poursuivies ?

AF- Évidemment les séances de chimiothérapies sont maintenues. Cependant, dans des cas très rares, certains traitements peuvent être repoussés ou annulés. Ces mesures sont prises quand les risques d’infection au coronavirus sont plus grands que l’évolution de la pathologie cancéreuse. Les médecins proposent alors aux patients de diminuer le nombre de séances de chimio pour leur éviter de perdre trop d’immunité face au coronavirus.

O – Rendent-elles plus fragiles face aux coronavirus ?

AF- La plupart des chimiothérapies standards ne posent pas de problème quant aux infections liées au Covid-19. En revanche, les stades de cancer les plus avancés sont les plus graves et vont demander plus de précautions. Étant fragilisé, le corps est une grande proie face à ce virus.

O – Quelles mesures ont été prises pour recevoir les patients suivant des chimio ?

AF- L’ensemble des modifications et ajustements, mais aussi des annulations liées à l’épidémie de coronavirus représente environ 10 à 15 % de l’activité de l’Hôpital François Baclesse. L’objectif de ce service est de concilier la protection renforcée des patients parfois très fragiles, celle de ses professionnels, et le maintien des traitements en cette période complexe. Les planning des professionnels ont donc été modifiées pour étendre les horaires d’accueil et limiter le nombre de patients sous chimiothérapie en même temps dans le service.
Certains schémas thérapeutiques ont été revus pour diminuer le nombre de venues au centre :
• Passage à la chimiothérapie sous forme orale, prise à domicile
• Révision de la répartition de la dose totale de chimiothérapie sur un plus petit nombre de cures
• Renforcement des mesures de préservation de la réponse immunitaire

Tous les équipements sont désinfectés y compris les scanner et radio.

O – A quel stade du traitement sommes-nous les plus vulnérables au coronavirus ?

AF- Les patients atteints de cancers solides (avec une tumeur vs les leucémies ou cancer de la lymphe, soit 90% des cancers), et en particulier ceux traités récemment par chirurgie ou chimiothérapie dans les mois qui précédaient, sont plus à risque que la population globale de développer rapidement des formes sévères létales du virus. Ils doivent donc être le plus possible tenus à distance du risque d’infection.

Un grand merci au Dr Audrey Faveyrial et au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, pour éclaircir quelques points sur la situation et pour prendre le temps de vous rassurer.

Ces mesures appliquées au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse sont un exemple, mais il est fort probable que des mesures similaires soient appliquées dans votre Centre/hôpital/clinique… N’hésitez pas à les contacter pour avoir le plus d’information.