Mardi 11 juin, chercheurs, professionnels et associations se sont donnés rendez-vous pour un temps d’échange autour des résultats de l’étude VICAN2 « la vie deux ans après un diagnostic de cancer".
Les résultats de cette étude, qui portait sur 4 349 personnes atteintes d’un cancer, ont révélé de grandes disparités face à la maladie, des inégalités socio-économiques, un impact sur la vie privée mais aussi quelques avancées depuis la première étude, ALD1, publiée en 2004.
Les disparités face à la maladie
Qu’elles soient sociales, démographiques, générationnelles, les inégalités de santé se répercutent sur toute la durée du traitement voir des années après.
Ces inégalités commencent dès la prévention et le diagnostic. La précocité du diagnostic va jouer sur les chances de survie, le risque de rechute et la qualité de vie après la maladie. Or, il est observé que les personnes âgées, géographiquement éloignées des villes ou les personnes ayant des revenus ou un niveau d’études faible sont moins enclines à faire des dépistages individuels ou venir à des dépistages organisés. Il y a donc plus de probabilité qu’elles soient diagnostiquées à un stade avancé de la maladie.
Les séquelles après les traitements sont également pointées du doigt. Deux ans après le diagnostic, 60% des enquêtés déclarent avoir des séquelles. 17,5% ressentent des douleurs, surtout dans les cancers du sein, du col de l’utérus et du rein. 15,5% souffrent de fatigue chronique et 15,6% ont des difficultés sexuelles. Toutes ces séquelles dégradent quotidiennement la qualité de vie.
A la localisation et la sévérité de la maladie, viennent s’ajouter les inégalités sociales. Ainsi, les personnes disposant de revenus faibles, les personnes âgées ou les personnes occupant des métiers d’exécution sont plus nombreuses à endurer ces répercussions.
Les inégalités socio-économiques« Le cancer modifie l’employabilité» Alain Paraponaris, économiste et maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille.
La probabilité de rester en emploi deux ans après le diagnostic diminue de 17%. Bien que le cancer affecte tous les individus au niveau professionnel, la chance de perdre son emploi est plus importante pour un ouvrier que pour un cadre.
Le métier occupé ne définit pas à lui seul la probabilité de se maintenir en activité ou de retrouver facilement un emploi bien qu’il y contribue fortement. D’autres facteurs comme la sévérité et les séquelles de la maladie, l’âge, le sexe ou l’entreprise influent sur la situation.
Les grandes entreprises laissent plus de chance à leurs employés. Ce qui est notamment dû à une plus grande facilité de rediriger l’employé sur un poste adapté aux difficultés qu’il rencontre. Cette maniabilité est, de par la taille de l’entreprise, plus difficile pour les PME.
De manière générale, 75% des ménages ont connu une baisse de revenus suite au diagnostic du cancer. Cependant, les ménages les plus en difficulté sont:
- les personnes dont la situation s’approche de la retraite
- les personnes dont le niveau d’étude est inférieur au bac - les personnes qui exercent un métier d’exécution, ont un CDD ou travaillent dans une PME La vie affective et conjugaleLa vie de couple reste relativement bien préservée avec moins de 5% de séparation. Mais la vie sexuelle est altérée. 53,2% des personnes interrogées déclarent une diminution de leur libido voir une disparition pour 22,4%.
La sexualité reste tabou. Elle est peu abordée par l’équipe soignante. Les désirs de parentalité ne sont également pas tout le temps évoqués. Pourtant, la chimiothérapie entraîne souvent une baisse de la fertilité. Les patients ayant des projets de famille se voient encore trop peu proposer de conserver des gamètes ou du tissu germinal pour les femmes et une congélation de spermatozoïdes pour les hommes.
L’évolution majeure par rapport à l’enquête menée en 2004 réside dans la relation médecin/patient. Celle-ci s’est améliorée, notamment avec le dispositif d’annonce.
Connaitre la maladie devient facilement et rapidement accessible grâce à internet. Les patients peuvent alors s’informer et devenir acteurs dans le traitement de leur maladie. 60% des personnes déclarent avoir été associées au choix de leur traitement.
Vous pouvez retrouver l’enquête intégrale sur le site de l'INCa.