Nous avons eu l'immense chance de rencontrer Marie-Laure Allouis, infirmière en bio esthétique pour tout le pôle cancérologie d'un grand hôpital parisien. Elle est formée au conseil en image personnel, au maquillage, au toucher massage et à la réflexologie plantaire. Et en plus, elle est l'auteur du livre Prendre soin de son corps pendant un cancer. Nous la connaissions déjà depuis quelques temps mais là, il fallait absolument que nous vous la présentions. Nous nous sommes alors rendus dans son cabinet pour lui poser quelques questions. Nous avons le plaisir de partager cet interview avec vous!
Oncovia : Bonjour Marie-Laure Allouis, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours afin que notre communauté puisse vous connaître davantage ?
Marie-Laure Allouis : Je m'appelle Marie-Laure Allouis, j'ai 47 ans, j'ai toujours voulu être infirmière. J'ai commencé par un BAC S. Ensuite je suis allée à l'école infirmière à Paris. Au départ je voulais être puéricultrice, puis finalement au fur et à mesure des stages c'est la réanimation qui m'a le plus plu. J'ai commencé avec 6 ans de réanimation en chirurgie digestive, chirurgie cardiaque pédiatrie et pneumologie. A l'ouverture de l'hôpital européen Georges Pompidou, j'ai postulé en oncologie avec le projet de mettre en place des consultations sur la valorisation de l'image corporelle. J'ai fait ce travail pendant 10 ans. Au bout de 10 ans j'ai eu une création d'emploi au pôle cancérologie et donc depuis 2012 j'interviens en tant qu'infirmière en bio-esthétique sur tout le pôle cancérologie.
Avez-vous toujours su que vous vouliez travailler dans ce domaine ou est ce qu'il y a eu un élément déclencheur ?
Quand j'étais en réanimation j'admirais beaucoup les infirmières qui travaillaient en cancérologie. Mais à 22 ans quand je suis sortie de l'école infirmière, mon stage avait été traumatisant car je ne savais pas quoi dire aux patients. Je n'arrivais pas à retenir les noms des molécules. Mais j'ai voulu continuer. Je voulais faire ce métier. Si je n'avais pas eu ce projet sur la valorisation de l'image corporelle, je ne serais jamais allée en cancérologie. Mais ça fait maintenant 19 ans et finalement j'adore. C'est mon élément.
"J'ai donc écrit ce livre pour partager mes connaissances de toutes mes expériences en cancérologie"
Pourquoi et comment vous vous êtes décidée à écrire votre livre " Prendre soin de son corps pendant un cancer "?
J'ai écrit ce livre non pas parce que j'ai des talents d'écrivain, mais ça faisait un moment que j'y pensais. Comme cela fait très longtemps que je suis en cancérologie et que j'ai beaucoup appris par ce que les patients et médecins me disaient et par ce que j'apprenais sur les molécules. J'ai donc écrit ce livre pour partager mes connaissances de toutes mes expériences en cancérologie non seulement pour les patients mais aussi pour le personnel soignant.
Pouvez-vous nous donner les conseils les plus importants selon vous pour prendre soin de soi et mieux vivre les traitements quand on a un cancer?
Ce livre cible donc la chimiothérapie, les thérapies ciblées et l'immunothérapie. Avec ces trois types de traitements, le conseil fort c'est l'hydratation de la peau. Plus on hydrate sa peau, mois il y a de toxicités liées à certaines molécules. Donc non seulement il faut hydrater son visage, le corps en se lavant avec un gel douche sur gras, une huile lavante ou une savonnette surgras sans oublier les mains, les pieds et selon les molécules les ongles aussi.
A la page 10 de votre livre vous citez une phrase très intéressante : " J'avais remarqué depuis longtemps qu'une des grands souffrances du patient était liée à l'atteinte de son image corporelle. " Pouvez-vous nous l'expliquer un peu plus?
C'était à l'époque de mon premier poste, en chirurgie digestive où j'étais en réanimation de nuit à l’hôpital Laennec. On voyait les patients qui arrivaient pour une chirurgie et passaient ensuite en réanimation avec des sondes à oxygène, des sondes d'intubation, des cicatrices, des escarres, des perfusions. Quand ils retournaient en salle et découvraient leur corps je me demandais s'ils s'attendaient à découvrir tout ça? Comment le vivaient-ils?
"Les relations humaines n'ont pas de prix, il n'y a pas de tricheries"
Sur le plan personnel, comment faites-vous pour faire face à la maladie des patients?
L’hôpital a une bonne philosophie de la vie. Quand je viens à l’hôpital, je viens avec le sourire. Quand je vois un patient c'est un échange, c'est d'égal à égal, moi aussi je me confie. Je me ressource beaucoup dans la création, j'ai besoin d'être seule avec un bon thé et une bonne musique. Mon équilibre de vie c'est ma famille, mes activités, et les relation humaines qui n'ont pas de prix. Il n'y a pas de tricheries. Si je dois rester une heure avec patient, je reste une heure mais au moins il en sort quelque chose de fort.
Est-ce que vous avez eu des retours de certains patients après l'écriture de votre livre?
Une jeune patiente m'a dit que mon livre était une bible pratique. Cela m'a vraiment fait plaisir. On n'est pas obligé de tout lire d'un trait. On peut aller directement au chapitre qui nous intéresse le plus. Ce livre comporte des conseils préventifs.
"Il faut oser la couleur"
Avez-vous des conseils à ajouter afin qu'une patiente puisse mieux vivre mentalement lorsqu'elle a un cancer?
Lorsqu'on apprend qu'on a un cancer, on est ravagé, on se pose beaucoup de questions. Lorsque que les cheveux tombent les patients n'ont pas le moral, mais une fois qu'on va apporter des solutions, ils vont rebondir. Une fois cette étape de deuil passée, il faut être actif. Certaines femmes achètent déjà la perruque avant même d'avoir commencé les traitements et ces femmes la le vivent bien. Il ne faut pas essayer d'être comme avant, d'avoir le même style qu'avant. Il faut se trouver un nouveau style. C'est important de s'amuser à s'occuper de soi-même. Il faut oser la couleur. Faire des choses qu'on a jamais faites avant. Je veux leur donner une bonne impulsion afin qu'ils se prennent en charge.
Avez-vous d'autres projets pour le futur, une envie d'écrire un autre livre?
Pour l'instant je ne sais pas. Comme je dis souvent je ne sais pas où je vais mais j'y vais. Je suis ouverte à ce qu'on me proposera. Je n'aime pas m'ennuyer, j'aime apprendre et surtout j'ai besoin de contact avec les patients. Encore un immense merci à Marie-Laure qui nous a ouvert sa porte. Alors vous aussi, plongez-vous dans son livre et posez-lui toutes vos questions.